Penthouse : mythe et symbole de statut
- Dans 'Femmes au bord de la crise de nerfs' (1988), Pedro Almodóvar utilise un penthouse madrilène comme décor emblématique de refuge et de distinction sociale.
- La Communauté de Madrid a acheté un ático de luxe à Chamberí, présenté comme présumée résidence de fonction liée à Ayuso, puis mis en vente dans un climat de suspicions non
- L'attrait culturel et aspirationnel du penthouse — élévation physique comme métaphore sociale — reste intact, de la fiction cinématographique aux scandales politiques
" Voilà des mois que j'ai emménagé dans cet ático avec Iván. Le monde s'effondrait autour de moi et je voulais me sauver, le sauver. " La voix off de Pepa Marcos, incarnée par Carmen Maura dans Femmes au bord de la crise de nerfs (Pedro Almodóvar, 1988), pose d'emblée les termes d'une équation que l'époque n'a pas résolue : le penthouse comme refuge élevé au-dessus d'un monde extérieur hostile, espace d'intimité et de rédemption autant que signe extérieur de réussite.
Un mythe cinématographique ancré dans le réel
La force du film d'Almodóvar tient à sa capacité de mêler vaudeville, slapstick à inflexions madrilènes et mélodrame amoureux dans un seul appartement en terrasse. Or ce cadre fictif résonne singulièrement avec une actualité bien réelle : l'acquisition, par la Communauté de Madrid, d'un ático de luxe situé dans le quartier de Chamberí, présenté comme une présumée résidence de fonction liée à Isabel Ayuso, puis mis en vente dans un climat de suspicions et d'interrogations demeurées sans réponse. L'affaire reste entourée de zones d'ombre, et il serait prématuré d'affirmer que tous les rebondissements sont derrière nous.
Dans le film, l'agent immobilier — interprété par Agustín Almodóvar — promettait à Pepa de " lui en tirer un bon prix " dès qu'elle envisageait de mettre le bien en location. La coïncidence avec les décisions prises autour de l'appartement madrilène réel n'est pas sans ironie : la réalité semble parfois décider de surenchérir sur les scénarios les plus extravagants.
L'aura aspirationnelle du dernier étage
Au-delà de l'anecdote politique ou cinématographique, la question posée est plus profonde : pourquoi le penthouse exerce-t-il une telle fascination ? L'élévation physique traduit une élévation sociale fantasmée ; la terrasse offre la promesse d'un point de vue surplombant, d'une mise à distance du chaos urbain. Ce que la source du film et l'affaire madrilène partagent, c'est précisément cette aura aspirationnelle que déploient aujourd'hui les appartements en attique — symboles d'un désir collectif que ni la fiction ni le scandale ne parviennent à épuiser.
Si les responsables de l'affaire de l'ático madrilène ne semblent guère maîtriser l'ordre narratif de leur propre feuilleton, ils paraissent en revanche partager avec beaucoup de leurs contemporains une dévotion sincère pour ce que représente le dernier étage : hauteur, distinction, et l'illusion persistante de s'élever au-dessus de la mêlée.
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