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Criminalité et Justice 3 min read 1h ago

Blanchiment : des millions via la Poste

  • En 2020, Jigar Gheewala, chômeur et failli déclaré, a déposé plus de 880 000 livres sterling en espèces dans des agences postales de Leicester en 200 transactions distinctes.
  • Selon des enquêteurs spécialisés, des centaines de millions de livres d'argent illicite transiteraient chaque année par le réseau des bureaux de poste britanniques.
  • La brigade des crimes économiques du Leicestershire s'interroge sur la réticence des forces de l'ordre à évaluer l'ampleur réelle de ce phénomène à l'échelle nationale.
Blanchiment : des millions via la Poste
Blanchiment : des millions via la Poste

Il était chômeur, déclaré failli, et pourtant il vivait dans une maison estimée à 1,3 million de livres sterling et scolarisait ses trois enfants dans le privé. C'est cette contradiction criante qui a mis la brigade des crimes économiques du Leicestershire sur la piste de Jigar Gheewala — et, au-delà de son cas individuel, sur celle d'un phénomène dont l'ampleur reste, selon les enquêteurs eux-mêmes, difficile à mesurer.

Des espèces par liasses, guichet après guichet

Au cours de l'année 2020, alors qu'il percevait des allocations, le compte bancaire de Gheewala a enregistré plus de 880 000 livres sterling en liquide, réparties sur 200 dépôts distincts. Ces versements n'ont pas transité par une place financière offshore ou un montage sophistiqué : ils ont été effectués, liasse après liasse, dans plusieurs agences postales de Leicester. " Il était un failli déclaré, avec un compte bancaire absolument pas représentatif de ce qu'il aurait dû être ", a déclaré Laura Panter, superviseure des crimes financiers au sein de l'équipe des crimes économiques du Leicestershire. " C'était notre point de départ. "

Un réseau postal transformé en circuit de blanchiment

L'affaire Gheewala n'est, selon les enquêteurs, que la partie visible d'un problème systémique. Des centaines de millions de livres sterling d'argent illicite seraient déposées chaque année dans des bureaux de poste britanniques — une allégation que les autorités peinent à quantifier avec précision, faute, semble-t-il, d'une volonté suffisante d'investiguer à grande échelle. La question posée par les spécialistes des crimes financiers reste ouverte : pourquoi la police hésite-t-elle à mesurer véritablement l'étendue du phénomène ? Ce manque de transparence n'est pas sans rappeler d'autres angles morts dans la lutte contre la délinquance financière, comme le montrent les difficultés de l'État à recouvrer un milliard d'euros d'amendes impayées.

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Des zones d'ombre qui demeurent

Si la culpabilité de Gheewala est établie et son mode opératoire documenté, l'ampleur globale du blanchiment via le réseau postal reste une donnée contestée et insuffisamment étayée dans les éléments disponibles. L'enquête du Leicestershire constitue un cas d'école, mais les autorités n'ont pas, à ce stade, rendu publics des chiffres nationaux consolidés. Ce silence institutionnel est précisément ce que dénoncent les enquêteurs spécialisés : sans volonté politique d'instruire la question à l'échelle du pays, le bureau de poste du coin de la rue risque de demeurer un maillon commode — et peu surveillé — des circuits criminels.

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