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Environnement et Climat 4 min read 3h ago

Rome explore ses catacombes pour se protéger des canicules

  • Rome et l'ISPRA étudient la possibilité d'ouvrir des cavités souterraines historiques comme abris climatiques gratuits face aux canicules estivales, un projet encore à un stade
  • À 3,5 mètres de profondeur, les cavités romaines maintiennent des températures d'environ 16°C même lorsque la surface dépasse 37°C, selon le géologue Francesco La Vigna.", "La
Rome explore ses catacombes pour se protéger des canicules
Rome explore ses catacombes pour se protéger des canicules

Sous les rues de Rome, à quelques mètres seulement de la surface brûlante, une autre ville existe — creusée dans la roche volcanique au fil des siècles, hantée par les premiers chrétiens et les cultes antiques, puis réquisitionnée comme abri lors des bombardements de la Seconde Guerre mondiale. Aujourd'hui, la municipalité romaine et l'Institut supérieur pour la protection et la recherche environnementales (ISPRA) envisagent de lui confier une nouvelle mission : offrir refuge aux habitants lors des épisodes de chaleur extrême, qui se multiplient et s'intensifient chaque été.

Un sous-sol naturellement tempéré

Le principe repose sur un phénomène géologique bien documenté. Selon Francesco La Vigna, géologue à l'ISPRA et président du groupe d'experts en géologie urbaine d'EuroGeoSurveys, à partir d'environ 3,5 mètres de profondeur, le sol cesse de ressentir les variations thermiques de la surface et maintient des températures relativement constantes tout au long de l'année, généralement comprises entre 10 et 17 degrés Celsius. " À Rome, lors de certaines mesures estivales où les températures extérieures dépassaient 37 degrés, les cavités enregistraient à peine 16 degrés ", précise-t-il. La géologie particulière de la capitale — dont le sous-sol est composé de matériaux volcaniques comme le tuf et la pouzzolane, aisément excavables — explique en grande partie l'abondance de ces espaces creux. Un inventaire mené conjointement par l'ISPRA, le Conseil national de la recherche (CNR) et l'université de la Tuscia a recensé des milliers de cavités sous plus de cent kilomètres carrés de la ville.

Des obstacles réels, jugés surmontables

L'idée en est toutefois encore à un stade très préliminaire. Avant toute ouverture au public, des vérifications approfondies s'imposent : stabilité des plafonds et des parois, taux d'humidité souvent élevé, présence éventuelle de radon — un gaz émis par les roches volcaniques, nocif en cas d'exposition prolongée. La Vigna se veut rassurant : " Ce sont des problèmes parfaitement solubles. Garantir la sécurité structurelle d'un espace souterrain est techniquement faisable et, sans conteste, moins coûteux que d'en construire un de toutes pièces, tandis que les problèmes d'humidité et la présence de gaz nocifs peuvent être facilement résolus grâce à des systèmes de ventilation appropriés. " Il préconise de commencer par les espaces les plus vastes et les mieux préservés, notamment ceux qui accueillent déjà des visiteurs dans un cadre archéologique.

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Un plan climatique à cinquante millions d'euros

La mairie de Rome pose deux conditions non négociables : la sécurité et la gratuité d'accès. " La sécurité, y compris le renouvellement de l'air, et l'accès gratuit, comme pour les autres refuges climatiques ", résume Edoardo Zanchini, directeur du Bureau du changement climatique de la municipalité. Ces futurs abris souterrains viendraient compléter un réseau existant de 178 sites intérieurs — bibliothèques, musées, centres civiques — et de plus de 400 espaces extérieurs, principalement des parcs et jardins, déjà accessibles gratuitement aux heures les plus chaudes. Cet été, Rome a dévoilé son premier " Plan Chaleur ", doté d'une enveloppe de 50 millions d'euros sur cinq ans, qui inclut des points d'eau potable gratuits, des projections cinématographiques nocturnes et des interventions plus structurelles pour végétaliser l'espace urbain et réduire les surfaces imperméables.

Une urgence confirmée par les données

L'urgence de ces mesures est étayée par des chiffres préoccupants. Selon les données municipales, les températures à Rome ont augmenté de près de deux degrés au cours des quatre dernières années par rapport à la moyenne de la période 1990–2020, et le nombre de nuits tropicales — durant lesquelles le thermomètre ne descend pas en dessous de 20 degrés — a triplé. À l'échelle nationale, début août, les 27 villes intégrées au système de surveillance thermique du ministère de la Santé étaient simultanément en alerte rouge, le niveau le plus élevé. Les experts alertent par ailleurs sur un risque accru d'incendies en Europe, signe que les effets du réchauffement climatique se conjuguent et s'amplifient sur tout le continent.

Un modèle potentiel pour d'autres métropoles

L'initiative romaine s'inscrit dans une réflexion plus large portée par le groupe de géologie urbaine d'EuroGeoSurveys, qui explore comment les caractéristiques des sous-sols urbains peuvent contribuer à l'adaptation climatique. Des précédents existent sous d'autres latitudes : Toronto et Montréal disposent de réseaux souterrains pour se protéger des hivers polaires, et Helsinki a élaboré un plan spécifique de régulation des usages de son sous-sol. En Méditerranée, l'adversaire est désormais la chaleur. Rome échange ses expériences avec Barcelone et Athènes, notamment via le réseau C40, qui regroupe une centaine de villes engagées contre le changement climatique. Alors que les ambitions climatiques européennes s'affrontent à des résistances croissantes, la valorisation du patrimoine souterrain romain pourrait offrir une voie d'adaptation à la fois économe et ancrée dans l'histoire — à condition que les contraintes techniques et de sécurité soient effectivement levées, ce qui reste, pour l'heure, à démontrer.

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