Horlogerie suisse : le prix tenu haut
- La Suisse a exporté pour 24,4 milliards de francs de montres en 2025, soit une baisse de 1,7 % en volume par rapport à 2024.
- Quatre marques — Rolex, Omega, Cartier et Patek Philippe — concentrent plus de la moitié du marché de détail horloger suisse.
- Les revenus semestriels se stabilisent à 12,8 milliards de francs, en recul de seulement 0,7 %, selon la Fédération horlogère suisse.
Dans un secteur borné par la circonférence d'un poignet, la concentration au sommet est une stratégie aussi efficace que redoutable. Quatre maisons — Rolex, Omega, Cartier et Patek Philippe — sur quelque 450 marques horlogères suisses représentent désormais plus de la moitié du total du marché de détail. Un oligopole discret, mais dont les chiffres révèlent toute la puissance.
Un marché à 24,4 milliards de francs
Selon les dernières données disponibles, la Suisse a exporté en 2025 des montres pour une valeur totale de 24,4 milliards de francs suisses, soit environ 27,79 milliards d'euros. En volume, cela correspond à 14,6 millions de pièces — un chiffre en recul de 1,7 % par rapport à 2024, représentant quelque 740 000 montres de moins que l'exercice précédent.
Ce tassement en volume ne doit toutefois pas masquer une certaine résistance en valeur. Selon la Fédération de l'industrie horlogère suisse, les revenus cumulés sur les seuls six premiers mois de 2025 se sont établis à 12,8 milliards de francs, en repli de seulement 0,7 % sur un an. Un atterrissage en douceur, qui témoigne de la capacité des grandes griffes à préserver leurs marges en dépit d'une demande qui marque le pas.
La rareté comme politique tarifaire
C'est précisément là que réside le paradoxe de l'horlogerie de prestige : le produit est physiquement contraint par sa destination — la montre ne peut guère s'agrandir indéfiniment — et le marché des collectionneurs obéit à une logique différente, où la rareté cultivée prime sur le volume. Les grandes maisons ont ainsi méthodiquement gagné des parts dans un secteur fragmenté, en jouant de leur réputation, de leur distribution sélective et de politiques tarifaires ascendantes.
L'exemple du Cartier Crash illustre cet art de la mise en scène du désir : lancée en 1967 à Londres, cette montre à l'esthétique déroutante — décrite comme portant l'empreinte visuelle de Salvador Dalí — est aujourd'hui évoquée à des prix avoisinant 1,7 million d'euros, selon les informations disponibles. Un objet au croisement de la pièce d'orfèvrerie et de l'œuvre d'art, que l'horlogerie de luxe sait utiliser pour ancrer vers le haut la perception de valeur de l'ensemble de ses gammes.
Une concentration qui interroge
La domination des quatre premières enseignes soulève une question structurelle pour les centaines de manufactures indépendantes qui peuplent les vallées jurassiennes : dans un marché où la notoriété mondiale tient lieu de rempart concurrentiel, la marge de manœuvre des acteurs de taille intermédiaire se réduit à mesure que les géants consolident leur emprise. La stabilisation des revenus semestriels suggère que la correction en cours reste maîtrisée — mais la baisse de volume, elle, pointe un essoufflement de la demande que même les prix soutenus ne peuvent entièrement compenser.
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