GoFundMe : comment la plateforme est devenue un pilier culturel américain
- Tim Cadogan, PDG de GoFundMe depuis le 2 mars 2020, indique que la notoriété spontanée de la plateforme est passée d'environ 35 % à 70 %, et que plus d'un tiers des adultes
- Les dépenses médicales sont la première catégorie de collecte sur GoFundMe, phénomène que Cadogan dit observer dans l'ensemble des vingt pays où la plateforme opère, et non aux
- Le modèle économique repose sur des frais de transaction fixes (2,9 % + 0,30 $) et des pourboires volontaires ; la plateforme revendique plus de 40 milliards de dollars d'aide
Il a pris les rênes de GoFundMe le 2 mars 2020, soit une semaine avant que la pandémie de Covid-19 ne frappe de plein fouet les États-Unis. Six ans plus tard, Tim Cadogan, PDG de la plateforme de collecte de fonds en ligne, dresse un bilan qui dépasse largement le cadre d'une entreprise technologique ordinaire : GoFundMe, selon lui, est devenue une infrastructure de solidarité à part entière dans la culture américaine — et au-delà.
Une notoriété qui a doublé en quelques années
Les chiffres avancés par Cadogan illustrent une progression spectaculaire. La notoriété spontanée de la plateforme, qui oscillait autour de 35 % avant la pandémie, atteint désormais 70 %, tandis que la notoriété assistée frôle les 90 %. Plus d'un tiers des adultes américains auraient utilisé GoFundMe au moins une fois. La plateforme est présente dans vingt pays, dont le Royaume-Uni, l'Irlande, l'Italie, la France, l'Australie et le Canada, et affirme avoir mobilisé plus de 40 milliards de dollars d'aide au cours des dix à quinze dernières années. L'année passée, 80 millions de personnes y auraient effectué un don.
Les frais médicaux, premier poste de collecte — et pas seulement en Amérique
Le fait le plus révélateur tient peut-être à la nature des campagnes. Les dépenses médicales constituent la catégorie de collecte la plus fréquente sur la plateforme. Ce que Cadogan juge lui-même significatif, c'est que ce phénomène ne se cantonne pas aux États-Unis : il se reproduit, selon ses dires, dans chacun des marchés où GoFundMe est actif. Cette réalité place la plateforme au cœur d'un débat plus large sur les lacunes des filets de protection sociale, quel que soit le pays concerné.
La pandémie a également révélé des usages inattendus. Des dizaines de milliers de collectes ont été lancées par des clients fidèles souhaitant soutenir les employés de restaurants, bars et salles de concerts contraints de fermer temporairement leurs portes. Ce volume soudain a mis à rude épreuve les processus de vérification d'identité (dits KYC et KYB) imposés par les prestataires de paiement tiers, qui traitent l'intégralité des transactions sans que GoFundMe ne détienne directement les fonds.
Un modèle économique fondé sur la transparence des frais
Sur le plan financier, GoFundMe facture des frais de traitement fixes — 2,9 % plus 0,30 dollar par transaction aux États-Unis pour les collectes grand public — et sollicite ensuite un pourboire volontaire auprès du donateur. Cadogan indique que l'an dernier, entre 15 et 20 millions de donateurs n'ont versé aucun pourboire, ce qu'il présente comme un choix parfaitement légitime. Le montant moyen d'un don à un bénéficiaire s'établit entre 80 et 100 dollars. L'entreprise emploie 850 personnes et s'appuie sur des prestataires externes tels qu'AWS et OpenAI pour faire fonctionner ses infrastructures.
Interrogé sur le risque d'optimiser ses interfaces pour maximiser les pourboires — ce que le secteur technologique nomme parfois dark patterns — Cadogan affirme avoir délibérément choisi la voie inverse, en rendant le mécanisme de contribution plus transparent depuis sa prise de poste. La fiabilité du modèle repose, selon lui, sur la loi des grands nombres : à l'échelle de dizaines de millions de transactions, la volatilité individuelle se lisse en une moyenne prévisible.
Un outil de lien social autant que financier
Cadogan, qui réside à Altadena en Californie, évoque à titre personnel l'incendie qui a ravagé sa ville en janvier de l'année dernière, détruisant quelque 6 000 maisons et déplaçant les deux tiers de la population. Plus de 10 000 familles de la région des Palisades auraient alors utilisé GoFundMe pour mobiliser soutien et dons. Il insiste sur une dimension souvent sous-estimée : au-delà de l'argent récolté, la plateforme fonctionnerait comme un catalyseur de liens sociaux, permettant à des proches dispersés d'exprimer concrètement leur solidarité. C'est cette double nature — outil financier et vecteur de communauté — qui, selon Cadogan, distingue GoFundMe d'un simple service de paiement en ligne et en fait, pour reprendre l'expression de son interlocuteur, un élément " porteur " de la culture américaine.
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