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Société 4 min read 2h ago

Benicalap : la bataille des aparthotels

  • Le rez-de-chaussée d'un immeuble de la rue Carlos Cortina à Benicalap (Valence) est en cours de transformation en aparthotel pouvant accueillir 125 touristes, malgré l'opposition
  • Benicalap n'a pas encore atteint le plafond réglementaire de 8 % de places touristiques, ce qui laisse la voie ouverte aux promoteurs ; la mairie a accordé une licence après
  • Compromís, qui organise la mobilisation des riverains, se retrouve en porte-à-faux : c'est sous son propre gouvernement municipal que la conversion de locaux commerciaux en
Benicalap : la bataille des aparthotels
Benicalap : la bataille des aparthotels

Dans le quartier de Benicalap, à la périphérie de Valence, les rez-de-chaussée commerciaux se transforment en aparthotels à un rythme qui alarme les résidents. Le cas le plus emblématique est celui du numéro 5 de la rue Carlos Cortina, où la quasi-totalité du rez-de-chaussée est en cours de rénovation en vue d'accueillir un futur établissement pouvant héberger jusqu'à 125 touristes. Un chantier qui, en plein mois d'août, n'a pas interrompu ses travaux, et dont le vacarme a accompagné la rencontre organisée sur place entre la candidate de Compromís Mónica Oltra, le conseiller municipal Pere Fuset, et les habitants inquiets.

Un foyer fallas converti, un quartier transformé

L'immeuble abritait jusqu'à récemment le casal fallero de la Falla de Manuel Melià i Fuster-Carlos Cortina, dont la section locale s'est depuis repliée dans un local voisin. Son écusson demeure néanmoins visible entre les grandes baies vitrées et les appareils de climatisation installés par les nouveaux propriétaires — trace d'une identité de quartier que les riverains estiment menacée. L'un d'eux, Aitor Llano, architecte de profession, rappelle que la copropriété a voté l'interdiction de l'activité hôtelière, même si cette décision n'est pas formellement inscrite dans les statuts de l'immeuble — ce qui fragilise sa portée juridique.

La situation de Carlos Cortina n'est pas isolée. À moins de 450 mètres, le numéro 6 de la rue Encarna Albarracín fait l'objet d'un projet similaire, promu par la même entreprise. Juste en face du chantier de Carlos Cortina se trouve par ailleurs un rez-de-chaussée d'appartements touristiques mis sous scellés, et, dans l'immeuble adjacent, un autre projet de locations courte durée en pleine rénovation. Les résidents décrivent un quartier en mutation rapide sous la pression du tourisme, où la multiplication des chantiers signale une recomposition silencieuse du tissu commercial.

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Une réglementation qui laisse la porte entrouverte

Selon une résolution municipale datée de juillet, Benicalap n'a pas encore atteint le seuil maximal autorisé par la réglementation valencienne. Le district affiche un taux de 6,04 % de places d'hébergement touristique par rapport à la population résidente, sous le plafond de 8 % fixé par la norme. Le quartier de Benicalap stricto sensu, lui, se situe à 6,87 %, également en deçà de la limite. Ces chiffres expliquent, en partie, l'attractivité du secteur pour les promoteurs, qui y trouvent des locaux moins onéreux qu'en centre-ville et une réglementation encore permissive.

La seule disposition susceptible de bloquer le projet est celle qui interdit de dépasser 15 % d'hébergements touristiques par rapport au nombre de locaux dans un même îlot. Or, selon les habitants, la totalité de l'îlot — soit 100 % — serait actuellement concernée par des travaux de conversion, ce qui excéderait largement ce seuil. La mairie, quant à elle, a indiqué que l'entreprise s'est vu accorder une licence après avoir modifié son projet initial et renoncé à affecter 85 % de la surface du rez-de-chaussée à des appartements touristiques. Une concession que les résidents accueillent avec scepticisme : en montrant les plafonds de leurs garages traversés de nouvelles canalisations et d'ouvrages de renforcement de piliers, ils doutent que ces engagements soient respectés une fois l'installation touristique en plein régime.

Compromís dans une position délicate

La rencontre entre les riverains et les représentants de Compromís n'a pas manqué de réveiller une contradiction politique. La mairie a rappelé publiquement que c'est précisément sous un gouvernement municipal conduit par ce même parti que la transformation de locaux commerciaux en appartements touristiques a été initialement autorisée. Une piqûre de rappel qui complique la posture de la formation, désormais en précampagne électorale, face à une mobilisation citoyenne qu'elle entend incarner. La tension entre projets lucratifs et qualité de vie des quartiers n'est pas propre à Valence, mais Benicalap en offre aujourd'hui une illustration particulièrement nette : celle d'un quartier populaire, peu touristique par nature, devenu paradoxalement une cible privilégiée de l'industrie hôtelière informelle en raison précisément de son éloignement et de ses prix accessibles.

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