Arbres résistants pour le Colorado
- Lors de la Huitième Conférence annuelle sur la diversité des arbres, des experts ont décrit les conditions du Colorado Front Range comme " sévères " et prédit une aggravation due
- Quatre spécialistes recommandent de remplacer les monocultures de frênes menacées par l'Agrile par des essences diversifiées et tolérantes à la sécheresse, comme les chênes,
- Panayoti Kelaidis, des Denver Botanic Gardens, met en garde contre le clonage généralisé des arbres urbains, qu'il considère comme une vulnérabilité systémique face aux maladies
Au Colorado Front Range, la forêt urbaine affronte une double menace : des conditions climatiques déjà qualifiées de " sévères " par les spécialistes, et un réchauffement qui, selon les modèles présentés lors de la Huitième Conférence annuelle sur la diversité des arbres, s'accélère plus vite que par le passé — et plus vite encore en altitude, où la chaleur monte. Quatre experts, forts de décennies d'observation et de propagation, ont livré leurs recommandations pour préparer ces villes à un avenir plus chaud et plus sec.
Un milieu déjà hostile, bientôt plus difficile encore
Les villes du Front Range souffrent d'étés torrides, d'hivers rigoureux, de faibles précipitations, d'une humidité basse, de sols alcalins et d'une saison de croissance réduite d'un mois par rapport au Midwest ou à la côte Est. À ces contraintes structurelles s'ajoutent des menaces immédiates : la disparition annoncée de nombreux frênes, de peupliers et d'arbres fragilisés amplifiera l'effet d'îlot de chaleur urbain, tandis que l'Agrile du frêne (Emerald Ash Borer) impose une reconversion d'urgence des plantations. La densification du bâti réduit parallèlement l'espace disponible pour les systèmes racinaires.
Diversifier pour survivre
Scott Skogerboe, propagateur au Fort Collins Wholesale Nursery et principal fournisseur de végétaux résilients pour la station de recherche horticole de Cheyenne, préconise de regarder vers le sud — Texas, Oklahoma, Nebraska méridional — pour trouver des provenances de graines adaptées à un climat qui se réchauffe. Il recommande notamment le cyprès d'Arizona rustique, l'érable Caddo d'Oklahoma (sélection John Pair), le cerisier hybride " Sucker Punch " favorable à la faune sauvage, et le chêne Gambel " Gila Monster ", résistant jusqu'à −30 °F et très tolérant à la sécheresse. Il insiste sur le hackberry, sur le févier du Kentucky (Kentucky Coffee Tree, sélection mâle 'Espresso') et sur l'aubépine russe, particulièrement tolérante à la sécheresse.
Tim Buchanan, ancien forestier municipal de Fort Collins pendant quarante et un ans, signale que plusieurs érables populaires — Autumn Blaze, Silver Maple, Norway Maple, Sugar Maple — peinent dans les sols très alcalins (pH 8) de la ville. Il leur préfère l'érable Caddo, l'érable à grandes dents et l'Acer nigrum, plus tolérant à la chaleur et à l'alcalinité. Le chêne rouge du Texas (Quercus buckleyi) supplante selon lui le chêne rouge du Nord, mal à l'aise en conditions alcalines. Un pécanier rustique, issu de graines collectées par Skogerboe et planté par Buchanan, est devenu, selon ses propres termes, " de très beaux arbres ". Une enquête sur le long terme conduite à Denver depuis 1968 a désigné le chêne rouvre, le févier du Kentucky, le chêne chinkapin, le chêne rouge du Texas et le marronnier jaune comme les espèces les plus performantes sur la durée.
Panayoti Kelaidis, conservateur principal et directeur des relations extérieures des Denver Botanic Gardens, met en garde contre la pratique du clonage — la multiplication par greffe d'un génotype unique — qu'il qualifie de " triste et de désastre en devenir ". Il souligne que les sols occidentaux de type Pedocal, riches en carbonate de calcium et pauvres en matière organique, expliquent pourquoi des arbres parfaitement rustiques à l'Est échouent ici, tandis que l'amendement en compost et les arrosages réguliers dans les vieux quartiers peuvent transformer progressivement ces mêmes sols en milieux favorables. Cette logique d'adaptation aux conditions locales rejoint les enjeux documentés pour d'autres cultures en zone sèche, comme les vergers allemands confrontés aux canicules et à la sécheresse.
Sonia John, conservatrice de l'arboretum de l'université Regis et initiatrice de la Conférence annuelle sur la diversité des arbres dès 2014, défend les chênes pour leur résistance aux gelées tardives — ils débourrent tardivement et semblent peu affectés — et pour leur capacité à s'hybrider naturellement, offrant ainsi des voies de sélection vers plus de tolérance thermique et hydrique. Elle cultive plus de cent petits arbres à partir de graines dans son jardin avant plantation à l'arboretum Regis, expérimentant des essences rares comme l'American Smoketree, le savonnier, le caryer et le pécanier du Nord.
Pratiques culturales et perspectives
Les experts s'accordent sur plusieurs leviers techniques : inoculer les racines avec des mycorhizes lors de la mise en place, incorporer 20 à 30 % de compost à la plantation pour retenir l'humidité, utiliser des pots à racines élagées pour éviter le contournement racinaire, et préférer un arrosage profond et peu fréquent plutôt que l'irrigation intensive des pelouses. L'auteur de l'article, arboriste depuis trente-cinq ans, recommande de planter les arbres en dehors des zones de gazon, dont les systèmes d'irrigation asphyxient souvent les racines. Il préconise également de tolérer une légère défoliation par les insectes — jusqu'à 10 % des feuilles — avant toute intervention, les chenilles jouant un rôle alimentaire irremplaçable pour les oiseaux et stimulant en retour le système immunitaire des arbres.
La conclusion qui s'impose à l'ensemble de ces témoignages est à la fois botanique et stratégique : la résilience de la forêt urbaine du Front Range dépendra moins des essences vedettes d'hier que de la volonté collective d'expérimenter, de diversifier et d'accepter l'imprévisibilité inhérente à la reproduction par graines — seule garante, à terme, d'une diversité génétique capable d'absorber les chocs à venir.
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