PP : expulser tous les migrants de Ceuta
- Le PP réclame le retour au Maroc de la totalité des migrants présents à Ceuta, sans aucune exception pour les mineurs ou les personnes atteintes de maladies.", "Borja Sémper a
Le Parti Populaire (PP) a affiché, lors de la réunion de son Comité de Direction présidée par Alberto Núñez Feijóo au siège de la rue Génova à Madrid, une ligne de fermeté absolue sur le sort des milliers de migrants présents à Ceuta depuis les entrées irrégulières survenues fin juillet : tous doivent être renvoyés au Maroc, sans exception d'aucune nature.
" La politique sociale du Maroc, c'est l'affaire de Rabat "
Borja Sémper, porte-parole national du PP, a résumé la doctrine conservatrice en une formule lapidaire : " La politique sociale du Maroc doit être faite par le gouvernement du Maroc. " La position exclut toute solidarité interrégionale et ferme la porte à tout transfert de migrants vers la Péninsule. " Nous parlons de retour, pas de répartition ", a-t-il précisé, en réaction directe aux initiatives du ministère de la Jeunesse et de l'Enfance, qui envisage le transfert d'environ cinq cents mineurs en situation de vulnérabilité hébergés à Ceuta. Cette option impliquait une négociation avec les communautés autonomes, dont la majorité sont précisément gouvernées par le PP lui-même — négociation que la direction du parti a explicitement rejetée.
Pour le PP, les carences du système d'assistance sociale marocain ne constituent pas une responsabilité que l'Espagne devrait assumer. Cette imputation directe à Rabat soulève une question que le parti n'a pas tranchée : comment le Maroc réagira-t-il à une telle mise en cause de la part d'une formation qui aspire à gouverner l'Espagne et à entretenir des relations de bon voisinage avec le royaume ? La réponse de Rabat demeure, à ce stade, incertaine. La crise de Ceuta fragilise déjà la politique de voisinage de Madrid avec le Maroc, et les déclarations de Génova ajoutent une nouvelle dimension à cette tension.
Confinement sanitaire et offensive parlementaire
Le PP a par ailleurs demandé au gouvernement d'étudier la possibilité d'isoler ou de confiner les personnes auxquelles auraient été diagnostiquées des maladies infectieuses et contagieuses, pour autant que cela soit jugé " médicalement raisonnable ". Parmi les pathologies signalées à Ceuta figurent tuberculose, gale, varicelle et gastro-entérite. Cette proposition se heurte toutefois à l'avis de spécialistes médicaux, qui déconseillent de telles mesures d'isolement pour les cas recensés dans la ville autonome. La question d'un confinement sanitaire à Ceuta avait déjà été soulevée par Feijóo dans un contexte similaire.
Sur le plan législatif, le PP prépare une offensive parlementaire dès la rentrée au Congrès. Sémper a confirmé que les conservateurs exigeront des explications aux huit ministres dont la comparution est prévue dans les prochains jours. Au-dessus de tous, selon Génova, se trouve Pedro Sánchez, accusé d'avoir utilisé ses ministres comme " bouclier humain " pendant qu'il " se dissimulait " à Lanzarote. Le PP estime que le chef du gouvernement doit assumer " la responsabilité politique maximale " dans la gestion de la crise. Le gouvernement Sánchez a lui-même opéré un virage dans sa gestion de la crise après plusieurs semaines d'hésitations.
Une posture qui soulève des questions non résolues
La radicalité de la position du PP — renvoi systématique de tous les migrants, y compris des mineurs et des personnes malades, refus catégorique de tout partage de l'accueil entre régions — laisse entières plusieurs interrogations : la faisabilité juridique de renvois généralisés concernant des mineurs, la réaction du Maroc face à une imputation publique de ses responsabilités sociales, et la compatibilité des propositions sanitaires avec les recommandations des professionnels de santé. L'ampleur de ces inconnues dessine, en creux, les contours d'un débat politique qui ne fait que commencer à la veille de la rentrée parlementaire.