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Politique 4 min read 1h ago

Policiers et AfD : mythe ou réalité

  • En 2024, 42 % des policiers allemands interrogés dans l'étude Megavo se déclaraient hostiles aux demandeurs d'asile, selon une enquête financée par le ministère fédéral de
  • Le président du syndicat policier Heiko Teggatz attribue l'attrait pour l'AfD non pas à l'insatisfaction salariale, mais à l'exposition quotidienne des agents à la criminalité et
  • Plusieurs experts, dont le professeur Arne Schönbohm, contestent la thèse d'une affinité particulière des forces de l'ordre avec l'AfD, en l'absence d'enquêtes représentatives
Policiers et AfD : mythe ou réalité

La police allemande serait un vivier électoral de l'Alternative für Deutschland — l'affirmation circule depuis des années. Elle a récemment pris de l'épaisseur lorsque le maire-gouverneur de Berlin, Kai Wegner (CDU), aurait confié en privé ses inquiétudes : son parti serait en train de " perdre massivement du terrain face à l'AfD " au sein des forces de l'ordre, les fonctionnaires étant insatisfaits des rappels de traitement sur leur rémunération. Mais la réalité est-elle aussi nette ? Les données solides font défaut, et les experts eux-mêmes se contredisent.

Le quotidien du métier, premier facteur d'explication

Pour Heiko Teggatz, président du syndicat de la police, l'insatisfaction salariale n'est pas la principale explication. Ce sont les expériences vécues sur le terrain qui priment : " Les policiers sont confrontés quasi quotidiennement à la criminalité de rue et éprouvent eux-mêmes la montée de la violence ", dit-il. Faute de disposer de prérogatives légales suffisantes pour lutter efficacement contre la délinquance — et conscients des profils des auteurs — ils orientent " leur attention politique vers la politique intérieure et la migration ", selon lui.

Or, ces deux thèmes structurent précisément l'agenda de l'AfD. Le chercheur en opinion Hermann Binkert (INSA) l'explique ainsi : " Plus les problèmes liés à la migration sont au cœur des préoccupations, plus l'AfD en profite. On lui reconnaît une forte compétence sur ce sujet. "

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Des données partielles, une corrélation confirmée

L'une des rares études quantifiées disponibles, le projet Megavo, financé par le ministère fédéral de l'Intérieur, a établi qu'en 2024, 42 % des policiers interrogés se déclaraient défavorables aux demandeurs d'asile, tandis que 37 % exprimaient une attitude ambivalente. Ce résultat n'identifie pas un vote, mais il dessine une sensibilité.

Le professeur Werner Patzelt, ancien de l'université technique de Dresde, confirme que les sondages placent les policiers " en moyenne légèrement plus à droite que le reste de la population ". Il invoque une étude récente de l'université de la Sarre selon laquelle plus les individus sont préoccupés par la migration, plus leur soutien à l'AfD est probable — un lien qui demeure fort même après prise en compte des inégalités économiques et sociales. Les policiers, estime-t-il, sont " plus souvent que d'autres catégories professionnelles confrontés aux conséquences négatives de la politique migratoire allemande ".

Des voix qui tempèrent la thèse

La formule " Blaulicht wählt blau " — les gyrophares votent bleu — est pourtant jugée douteuse par plusieurs spécialistes. Le professeur Arne Schönbohm, qui enseigne à la Haute École de Bonn-Rhein-Sieg et préside l'Académie fédérale (BAköV), déclare ne pas pouvoir confirmer, à partir de ses propres observations dans les services de sécurité, l'image d'une affinité particulière avec l'AfD : " J'y observe plutôt une conception professionnelle affirmée et une distance critique à l'égard de l'extrémisme politique. " Manuel Ostermann, du syndicat de la police fédérale, rappelle pour sa part que les agents " apprécient ceux qui ne les abordent pas avec une méfiance systématique, respectent leur travail et tiennent leurs promesses ".

La convergence entre les préoccupations professionnelles des policiers et les thèmes portés par l'AfD — migration, ordre public, durcissement des pouvoirs des forces de l'ordre — constitue un terrain favorable à une sympathie idéologique. Mais faute d'enquêtes représentatives sur le comportement électoral réel des fonctionnaires de police, le spectre du " policier acquis à l'extrême droite " demeure autant une alerte politique qu'un fait établi. L'affaire Sven Hüber au sein de la GdP, où le syndicat a dû défendre son vice-président face à des accusations liées à son passé, illustre combien la frontière entre sensibilité professionnelle et engagement partisan reste, dans ce milieu, une ligne de tension permanente.

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