Dar-Assalam : une photo Hamas au débat
- Le candidat FDP Christoph Meyer a présenté lors d'un débat à la mosquée Dar-Assalam de Neukölln une photo prétendant montrer l'imam Taha Sabri aux côtés d'Amin Abu Rashid,
- La quasi-totalité des médias avaient été écartés de la soirée et un livestream annoncé annulé in extremis, limitant drastiquement la couverture publique de l'incident.
C'est une image, sortie de nulle part en plein forum électoral, qui a transformé une table ronde sur l'islam berlinois en incident politique. Vendredi soir, dans la mosquée Dar-Assalam de Neukölln, Christoph Meyer, tête de liste du FDP pour les élections au Parlement de Berlin du 20 septembre, a présenté à l'assemblée une photographie qu'il avait apportée avec lui. On y verrait, selon ses propres mots, l'imam de la mosquée aux côtés d'un haut responsable présumé du Hamas en Europe.
Un forum sous tension dans une mosquée controversée
La rencontre avait été organisée à l'invitation du Conseil des imams, dans les locaux de la Neuköllner Begegnungsstätte, association gestionnaire de la Dar-Assalam. Outre Meyer, trois autres têtes de liste avaient accepté l'invitation : Steffen Krach (SPD, 47 ans), Bettina Jarasch (Verts, 57 ans) et Elif Eralp (Linke, 45 ans). La CDU, en revanche, a boycotté l'événement. Son candidat Stefan Evers a justifié ce refus d'une formule lapidaire : " Avec des islamistes, on ne discute pas de démocratie. " Le parti d'extrême droite AfD n'avait tout simplement pas été convié. La Dar-Assalam n'est pas une mosquée ordinaire dans le paysage berlinois : elle a longtemps été rattachée, selon les services de protection de la Constitution du Land de Berlin, à la mouvance des Frères musulmans, bien que la nature précise de ce lien reste sujette à interprétation.
La photo et ses allégations
C'est dans ce contexte que Meyer a sorti son document. " C'est l'imam Sabri avec celui qui était alors le principal responsable du Hamas en Allemagne ", a-t-il déclaré face au micro. La photographie montrerait Taha Sabri, imam et responsable de la Dar-Assalam, en compagnie d'Amin Abu Rashid, décrit comme le principal collecteur de fonds de l'organisation terroriste en Europe. Ce dernier, selon les informations disponibles, fait l'objet de recherches et se serait réfugié en Turquie. Une autre image, diffusée sur les réseaux sociaux, attribue à Abu Rashid une distinction remise par l'ancien chef du Hamas Ismail Haniyeh pour ses " mérites " au service de l'organisation. Haniyeh a été éliminé en Iran en 2024. Il convient de souligner que la photographie présentée par Meyer constitue, à ce stade, une allégation : ni l'imam Taha Sabri ni la mosquée n'ont formulé de réponse publique connue à ces accusations dans le cadre de cet article.
Interruption et réactions en salle
La modératrice Iman Andrea Reimann a tenté de couper court à Meyer au beau milieu de son intervention, le menaçant de lui retirer la parole et l'accusant de " faire du spectacle pour les médias ". Meyer a résisté : " Je ne veux pas que vous m'interrompiez — je veux précisément mener ce débat ! " Il a aussi relevé l'ironie de la situation : ses pairs venaient de critiquer la CDU pour avoir esquivé le dialogue, tandis que lui, présent, se voyait bâillonner. C'est finalement Elif Eralp (Linke) qui a mis fin à la séquence sur la terreur, sous les applaudissements nourris du public. " On doit pouvoir parler de la vie musulmane sans parler d'extrémisme religieux. C'est pour cela que nous sommes ici ", a-t-elle dit, avant d'ajouter : " Je trouve que l'on parle bien trop peu de racisme antipalestinien dans cette ville. " Bettina Jarasch (Verts) a quant à elle reproché à Meyer de faire peser sur l'imam une " culpabilité par association ". Steffen Krach (SPD), interrogé sur la photo après la soirée, a répondu : " Je ne l'ai pas vue depuis la scène. Je ne sais pas ce qu'il y a dessus — désolé. "
Un événement filtré, une sortie sous escorte
La soirée s'est déroulée dans un quasi huis clos médiatique voulu par l'organisateur : la grande majorité des demandes d'accréditation journalistique avaient été refusées. Un livestream annoncé a été annulé au dernier moment, officiellement pour des " raisons techniques ". Des enregistrements privés de l'événement ont néanmoins circulé. À la sortie, Meyer et ses proches ont été suivis jusqu'à leur voiture par des personnes en colère. À quelques semaines du scrutin du 20 septembre, la campagne berlinoise se joue désormais aussi sur le terrain de la définition des frontières du dialogue politique acceptable — un débat que cet incident, loin de clore, vient de rouvrir avec éclat.
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