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Criminalité et Justice 5 min read 5h ago

Armes 3D : la course entre législateurs et contourneurs est lancée

  • Cody Wilson affirme avoir conçu un outil baptisé " Hochulization " qui modifie les empreintes numériques des fichiers d'armes 3D pour déjouer les logiciels de détection imposés
  • Wilson affirme que son équipe a également identifié des méthodes pour contourner des systèmes de détection basés sur l'IA, et que leur propre modèle affichait un taux de faux
  • La Californie examine à son tour un projet de loi (AB 2047) qui obligerait les nouvelles imprimantes à intégrer des logiciels de blocage, avec une entrée en vigueur prévue en
Armes 3D : la course entre législateurs et contourneurs est lancée
Armes 3D : la course entre législateurs et contourneurs est lancée

C'est une partie d'échecs réglementaire qui vient de s'ouvrir aux États-Unis : Cody Wilson, l'homme qui revendique la paternité de la première arme à feu entièrement imprimée en 3D, affirme avoir mis au point un outil capable de neutraliser les logiciels de détection que l'État de New York a imposés par loi aux nouvelles imprimantes 3D. Wilson a baptisé ce dispositif " Hochulization ", en référence directe à la gouverneure de New York Kathy Hochul, qui a fait adopter la première législation américaine en la matière dans le cadre du budget de l'exercice 2027.

Un outil conçu pour brouiller les pistes numériques

La technique de détection prévue par la loi repose sur le hachage cryptographique : chaque fichier de conception d'arme peut être identifié par une empreinte numérique unique, appelée hash, générée par un algorithme. Un système de filtrage consulterait une bibliothèque de ces empreintes et bloquerait toute impression correspondante. Wilson affirme que son outil contourne ce mécanisme en ajoutant quelques octets supplémentaires à chaque fichier, ce qui modifie le hash sans altérer la fonctionnalité de l'objet imprimé. Une arme ou un silencieux ainsi traité fonctionnerait, selon lui, de manière identique à l'original.

Wilson dit avoir commencé à appliquer ce traitement à l'ensemble des fichiers hébergés sur DEFCAD, le dépôt en ligne géré par sa société Defense Distributed, qu'il décrit comme le plus grand référentiel mondial de fichiers d'armes 3D avec, selon ses propres chiffres, plus de 200 000 designs. Il annonce également son intention de rendre l'outil disponible en open source.

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Solomon Diamond, professeur associé en ingénierie au Dartmouth College, a confirmé que la méthode fonctionnerait vraisemblablement sur le plan technique pour contourner une détection fondée sur le hachage. Il a toutefois nuancé son propos : une telle approche n'est pas nécessairement sans valeur en tant que politique publique, dans la mesure où tous les utilisateurs ne prendraient pas forcément la peine de modifier le hash de leurs fichiers.

Au-delà du hachage : la piste de l'intelligence artificielle

Wilson affirme que son équipe a également exploré des méthodes pour contourner des systèmes de détection plus sophistiqués, recourant à ce qu'il appelle un " bruit adversarial ". Pour tester ces techniques, Defense Distributed aurait développé son propre modèle d'intelligence artificielle entraîné, en partie, sur des fichiers issus de la base DEFCAD. Wilson dit s'être appuyé sur les déclarations publiques de sociétés concurrentes, notamment l'espagnole Print&Go, qui collabore avec les législateurs de New York et de Californie. Selon lui, son équipe est parvenue à tromper son propre système en modifiant légèrement la représentation numérique d'une pièce, ou en y ajoutant " un petit renflement de géométrie inutilisée ". Il affirme que leur modèle de détection affichait un taux de faux positifs de 30 %, même lorsqu'il était entraîné sur des données de qualité — une affirmation qui reste non vérifiée par une tierce partie indépendante.

Ces approches basées sur l'IA soulèvent d'autres inquiétudes, au-delà de la question des armes. Des makers et des défenseurs des droits numériques ont exprimé leurs craintes qu'un tel système puisse, par erreur, identifier des objets du quotidien — comme un étui de liseuse — comme des armes, ouvrant ainsi la voie à une surveillance plus large de la création numérique. Les débats sur les limites et les risques de l'IA dans les systèmes de contrôle se font d'autant plus pressants dans ce contexte.

Une menace en expansion, un cadre juridique encore flou

La progression des armes imprimées en 3D est documentée : le NYPD n'en avait saisi qu'une seule en 2021, contre 109 en 2024. L'organisation Everytown a relevé des hausses comparables dans une vingtaine d'autres villes américaines. Les modèles contemporains, à l'image du FGC-9 capable de tirer en rafale, ont été retrouvés entre les mains de cellules néo-nazies en Europe et de groupes armés au Myanmar. Par ailleurs, Luigi Mangione, qui a reconnu avoir tué Brian Thompson, directeur général d'UnitedHealthcare, et qui est en attente de condamnation, aurait utilisé un châssis partiellement imprimé et un silencieux imprimé en 3D.

La Californie envisage à son tour une législation similaire : le projet de loi AB 2047, porté par la députée Rebecca Bauer-Kahan, avance vers un vote au Sénat. Il imposerait aux nouvelles imprimantes vendues dans l'État d'être équipées de logiciels de blocage, avec une interdiction de vente prévue à partir de décembre 2029 pour les modèles non conformes. Le bureau de la gouverneure Hochul n'a pas répondu aux demandes de réaction concernant le projet de Wilson, et la porte-parole de Bauer-Kahan a également refusé de commenter.

Wilson, qui se décrit lui-même comme un " crypto-anarchiste " et un défenseur ardent du Deuxième Amendement, revendique une démarche de " légitime défense numérique ". Il espère que la démonstration de la facilité avec laquelle le hachage peut être contourné forcera les législateurs à choisir entre un système de surveillance bien plus intrusif ou le maintien du statu quo — une alternative qui pourrait s'avérer incommode pour les deux camps. La manipulation des systèmes algorithmiques de classification n'est d'ailleurs pas l'apanage du seul monde des armes à feu, comme en attestent d'autres affaires récentes dans le domaine de l'IA.

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