Startups : l'université fait fausse
- Y Combinator recherche avant tout des candidats capables de construire des choses et ayant pris l'habitude de le faire, indépendamment de tout cursus en entrepreneuriat.
- Les données de candidature à YC montrent que les anciens étudiants de Harvard postulent deux fois plus que ceux de Yale ou Princeton, une disparité attribuée à la culture du
- Les concours de plans d'affaires sont jugés non seulement inutiles mais trompeurs, car ils enseignent aux fondateurs à convaincre des investisseurs plutôt qu'à construire des
Vingt ans après sa création, Y Combinator se trouve dans une position singulière pour juger de la qualité de la formation universitaire des fondateurs de startups : l'accélérateur californien les accueille juste après leurs études, comme le ferait une école doctorale. Et le constat qu'il dresse de la manière dont les universités s'y prennent aujourd'hui est sévère.
Savoir construire, seul vrai critère
Ce que les associés de YC recherchent est d'une simplicité déconcertante : des candidats capables de construire des choses, et qui ont pris l'habitude de le faire. La partie difficile d'une startup est le produit — savoir ce qu'il faut créer et être capable de le créer. Ce type de savoir s'acquiert en étudiant l'informatique, le génie mécanique ou la biologie moléculaire, non pas le management ou la finance. La conclusion s'impose d'elle-même : préparer les étudiants à fonder des entreprises, c'est d'abord et avant tout leur enseigner des disciplines techniques solides, celles que les universités maîtrisent déjà. Pas question donc de superposer un nouveau cursus estampillé " entrepreneuriat ".
Cette notion de construction doit toutefois être entendue dans un sens large. Steve Jobs avait étudié la calligraphie, ce qui contribua, selon cette analyse, à la domination d'Apple sur la publication assistée par ordinateur. Mark Zuckerberg, programmeur accompli, était pour sa part diplômé en psychologie. Ce qui compte, c'est la recherche d'idées puissantes — et les esprits naturellement portés vers la création savent, instinctivement, où les trouver. Il est aussi à noter que, même à l'ère de l'intelligence artificielle générant du code à la demande, l'étude de l'informatique reste pertinente : le fondateur se retrouve alors dans la position d'un directeur technique, et un bon directeur technique doit être capable d'effectuer lui-même le travail de ses équipes. Pour aller plus loin sur ces compétences techniques, Andrew Ng a récemment cartographié les compétences clés de l'ingénierie IA, un complément utile à cette réflexion.
Deux leviers que les universités négligent
Deux changements seulement séparent les universités d'une formation idéale des fondateurs. Le premier : convaincre les étudiants qu'il leur est possible de créer une startup. Les données de candidature à YC révèlent une disparité frappante : les anciens étudiants de Harvard postulent à un rythme environ deux fois supérieur à ceux de Yale ou Princeton. La cause ne serait pas une différence de niveau ou de talent, mais simplement une culture du possible plus ancrée à Cambridge. Cela implique que Yale et Princeton pourraient, rien qu'en modifiant la perception de leurs étudiants, doubler le nombre de fondateurs qu'elles produisent. Le levier le plus efficace pour y parvenir : faire venir sur le campus des fondateurs en chair et en os. Pas nécessairement des milliardaires célèbres — un fondateur d'une vingtaine d'années, trois ans après le lancement, valorisé à quelques centaines de millions de dollars, produit un effet aussi puissant, car il est bien plus facile pour un étudiant de s'identifier à lui.
Le second levier est d'encourager les étudiants à travailler sur leurs propres projets. Pour quatre raisons : c'est le meilleur moyen de comprendre un sujet en profondeur ; c'est là que se découvrent les futurs cofondateurs ; cela rend l'idée de démarrer une startup naturelle, sans attendre d'enseignant ou de patron pour valider chaque étape ; et c'est dans ces projets secondaires apparemment anodins que naissent les meilleures idées. L'exemple est édifiant : Microsoft et Meta ont tous deux germé durant le " reading period " de Harvard — cette courte période entre la fin des cours et le début des examens où les étudiants se retrouvent sur le campus sans obligation immédiate. Bill Gates et Mark Zuckerberg ont d'ailleurs tous deux eu des démêlés avec l'administration universitaire à cause de projets menés en dehors du cadre officiel. Gates avait introduit Paul Allen, qui n'était pas étudiant, dans les salles informatiques ; Zuckerberg avait été mis en probation disciplinaire pour Facemash. Ces cas seraient, selon cette lecture, la règle plutôt que l'exception.
Ce que les universités ne peuvent pas faire
À l'inverse, les universités ne peuvent pas enseigner comment démarrer une startup — pas plus qu'elles ne peuvent enseigner la chimie sans laboratoire. Créer une startup, cela s'apprend en le faisant. Or diriger une startup est incompatible avec le statut d'étudiant à temps plein. Les concours de plans d'affaires, substituts fréquents à un vrai enseignement, sont qualifiés ici de " non seulement inutiles, mais positivement trompeurs " : ils entraînent les futurs fondateurs à croire que lever des fonds est l'étape essentielle, alors que ce sont les utilisateurs — et non les investisseurs — qu'il s'agit de convaincre, par des prototypes, non par des discours.
La route optimale est donc paradoxalement discrète : des étudiants bien formés aux sciences et aux techniques, du temps libre pour leurs propres projets, et des modèles inspirants à portée de regard. Elle ne coûte rien de plus. Si elle paraît trop silencieuse pour rassurer les parents et les administrateurs, la réponse n'est pas d'y renoncer : les résultats, à terme, parlent d'eux-mêmes.
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