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Intelligence Artificielle 3 min read 1h ago

Racter, l'ancêtre de l'IA générative

  • Racter, un programme écrit en BASIC compilé sur un Z80 à 64 Ko de RAM, a généré en 1984 l'intégralité des textes du livre "The Policeman's Beard Is Half-Constructed", relu pour
  • Le programme conjuguait verbes et noms, mémorisait le genre grammatical et maintenait des variables aléatoires pour créer une apparence de cohérence dans la prose produite.
  • UbuWeb met gratuitement à disposition le PDF de cet ouvrage, considéré comme l'un des premiers livres entièrement rédigés par une machine.
Racter, l'ancêtre de l'IA générative

En mars 1984, un logiciel dénommé Racter livrait l'intégralité des textes réunis dans The Policeman's Beard Is Half-Constructed — sans qu'aucune main humaine n'ait guidé la plume. Aujourd'hui conservé et diffusé par UbuWeb sous forme de fichier PDF, cet ouvrage constitue l'un des premiers témoignages documentés d'une prose entièrement produite par une machine.

Un programme, une grammaire, une prose

Rédigé en BASIC compilé sur un microprocesseur Z80 disposant de 64 Ko de mémoire vive, Racter conjuguait verbes réguliers et irréguliers, accordait les noms en nombre, mémorisait leur genre et pouvait assigner un statut de variable à des éléments choisis aléatoirement — mots isolés, structures de clauses, formes de paragraphes ou d'histoires entières. Le nom du programme, précise l'introduction signée Bill Chamberlain depuis New York, est une contraction de raconteur, rendue nécessaire par la limitation du système d'exploitation de l'époque, qui n'acceptait que des noms de fichiers inférieurs à six caractères.

L'ouvrage a été relu pour les fautes d'orthographe, mais demeure par ailleurs entièrement non édité. Les collages illustrant l'édition originale n'ont pas été reproduits dans la version numérique d'UbuWeb.

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La question philosophique au cœur du projet

Dans son introduction, Chamberlain pose d'emblée l'interrogation centrale : pourquoi programmer un ordinateur pour qu'il parle " indéfiniment et en anglais parfait de rien " ? Sa réponse est résolument esthétique : parce que le résultat peut se révéler fascinant, humoristique ou plaisant à lire. L'auteur reconnaît toutefois la nature paradoxale de l'entreprise, décrivant le produit comme une " pensée folle ", exprimée néanmoins dans un anglais irréprochable.

La mécanique sous-jacente repose sur des directives syntaxiques et un vaste lexique catégorisé, permettant au programme de maintenir certaines variables — mots ou expressions choisis aléatoirement — tout au long d'un bloc de prose. Ce fil conducteur, souligne Chamberlain, crée une apparence de cohérence, voire de réflexion, dans un texte dont le contenu précis échappe à toute préméditation humaine.

Un artefact fondateur de l'histoire de l'IA

À l'heure où des modèles comme Gemini de Google génèrent du texte à une échelle et avec une fluidité sans commune mesure, Racter rappelle que la question de la paternité de la prose automatisée a été posée il y a plus de quarante ans. L'archive UbuWeb offre ainsi un accès direct à ce document fondateur, dont la valeur tient moins à la qualité littéraire du texte produit qu'à la radicalité conceptuelle de la démarche : confier entièrement l'acte d'écrire à la machine.

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