Économie

Zone euro : l'inflation repart à la hausse sous l'effet du choc pétrolier

L'inflation dans la zone euro a atteint 3,3 % en août, son niveau le plus élevé depuis 2023, portée par une flambée des prix de l'énergie imputable à la guerre en Iran. La BCE, dont la prochaine réunion se tient dès la semaine prochaine, se retrouve face à un dilemme redoutable.

Écrit par Marie Lefebvre

(il y a 1 h)

5 min de lecture
Tableau de bord affichant des graphiques de hausse des prix de l'énergie et des rendements obligataires en zone euro
Illustration générée par IA · Zone euro : l'inflation repart à la hausse sous l'effet du choc pétrolier - The Planet Times

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Que s’est-il passé ?

L'inflation dans la zone euro a atteint 3,3 % en août — son niveau le plus élevé depuis 2023 —, tirée par une hausse de 14,3 % des prix de l'énergie sur un an, selon Eurostat.

Pourquoi c’est important

La BCE se retrouve face à un dilemme : relever ses taux risque de freiner la croissance sans juguler un choc d'offre géopolitique, mais l'inaction menace sa crédibilité sur la stabilité des prix.

Et ensuite ?

Les marchés anticipent une hausse de taux de 0,25 point de la BCE la semaine prochaine, ce qui porterait le taux directeur à 2,5 %, et les Bunds à dix ans ont atteint 3,35 %, un sommet de quinze ans.

L'inflation est de retour dans la zone euro, et avec une vigueur qui surprend aussi bien les entreprises que les ménages et la Banque centrale européenne. Selon les données publiées par l'office statistique européen Eurostat, les prix à la consommation ont progressé de 3,3 % sur un an en août dans la zone euro — le niveau le plus élevé depuis 2023, et bien au-delà de l'objectif de 2 % que s'est fixé la BCE. En Allemagne, la hausse des prix atteignait 2,9 % sur le même mois.

L'énergie, moteur principal de la flambée

Le principal facteur explicatif est l'énergie : Eurostat a enregistré un bond de 14,3 % des prix énergétiques en glissement annuel en août. Derrière cette envolée se trouve la guerre en Iran, qui a provoqué un choc d'offre sur les marchés du pétrole et du gaz. En début de semaine, de nouveaux échanges de tirs de missiles entre les États-Unis et l'Iran — les premiers depuis fin juillet — ont fait franchir au baril de Brent la barre des 90 dollars. Sur le marché gazier européen, le prix a simultanément dépassé 71 euros par mégawattheure, soit son plus haut depuis le début du conflit.

Un risque de propagation à l'alimentation et aux services

Pour l'heure, ce sont avant tout les prix de l'énergie qui alimentent l'inflation. Mais plus Öl et gaz demeurent chers, plus le risque d'une transmission aux autres secteurs s'accroît. " Peu à peu, des effets de prix indirects se manifesteront de plus en plus, par exemple dans l'alimentation et les services ", souligne Sonja Marten, économiste en chef de la DZ Bank, dans un entretien avec la rédaction financière d'ARD.

Le dilemme de la BCE

La situation est particulièrement inconfortable pour la BCE. " Un choc inflationniste tiré par les prix du pétrole est toujours le cauchemar de toute banque centrale ", résume Edgar Walk, économiste en chef chez Metzler Asset Management. " Quoi qu'elle fasse maintenant, c'est probablement une erreur. " Relever les taux directeurs pour freiner des prix qui s'envolent à cause de tensions géopolitiques sur l'offre de matières premières ne règle pas le problème à la source ; mais rester les bras croisés expose la BCE à perdre le contrôle des anticipations d'inflation, comme l'a rappelé la membre du directoire Isabel Schnabel dans un entretien accordé à Bloomberg la semaine passée, où elle a plaidé pour une orientation monétaire plus restrictive.

La prochaine réunion du Conseil des gouverneurs se tient dès la semaine prochaine. Sur les marchés, une hausse de taux de 0,25 point de pourcentage — ce qui porterait le taux directeur à 2,5 % — est désormais considérée comme quasiment acquise.

Des rendements obligataires à leur plus haut depuis quinze ans

En anticipation de ce resserrement, les conditions de financement se sont déjà sensiblement durcies. Les obligations d'État allemandes à dix ans affichent un rendement de 3,35 %, un niveau inédit depuis quinze ans. Ce phénomène dépasse les frontières de la zone euro : les rendements obligataires montent dans le monde entier. Pour Stephan Kemper, stratégiste en chef de BNP Paribas Wealth Management, ces fortes primes de risque sont " un signal clair que les investisseurs exigent durablement une rémunération plus élevée en raison des niveaux élevés de dépenses publiques et des risques inflationnistes persistants ".

Ces rendements croissants renchérissent progressivement le crédit aux entreprises et aux ménages — y compris les prêts immobiliers. Dans son dernier Economic Bulletin, la BCE note elle-même que les coûts de financement des entreprises sur les marchés de capitaux ont augmenté, tandis que les résultats de l'enquête SAFE indiquent que les entreprises signalent nettement plus souvent une hausse des taux sur les crédits bancaires et un resserrement général des conditions de crédit. Sonja Marten estime que cela " simule une orientation monétaire plus restrictive et soulage en partie la BCE d'une partie de son travail ", sans pour autant la dispenser d'agir.

Des prévisions d'inflation peu rassurantes

Une détente rapide ne se dessine pas. L'Institut ifo prévoit une inflation moyenne de 2,8 % en Allemagne pour cette année, puis une remontée à 3,0 % en 2027. L'économiste Marten va plus loin : elle anticipe que l'inflation pourrait grimper jusqu'à 3,5 % en 2026, avant d'amorcer une décrue à partir de mi-2027. Le dilemme de la BCE — agir trop peu risque de désancrer les anticipations, agir trop fort risque de pénaliser la croissance — n'est donc pas près de se dissiper.

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Source: Tagesschau

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